Jour d’Ironman : voyage en son for intérieur.
3h57 , le réveil réglé à 4h00 ne sonnera pas. De toute façon, c’est pas trois minutes de pseudo-sommeil en plus qui vont changer quelque chose.
Petit déjeuner rapide, trifonction enfilée, dents brossés comme il se doit et même crème solaire étalée alors qu’il fait encore nuit et c’est partie, direction la plage du centenaire. La veille, le vélo avait été installé à son emplacement N°326 , rang 8 (sur 64 !). Les pneus gonflés, le compteur remis à 0 et l’engin recouvert d’une couverture plastique jaune poussin. Les affaires de vélo et de course à pied avaient également pris place dans leurs sacs respectifs bleu et rouge en vue du lendemain.
Si bien que dimanche, sur les coups de 5h30, il n’y a plus qu’à enlever la couverture jaune, installer les deux bidons de potion magique sur le vélo et sauter dans sa combinaison : tout est prêt !
Avant cela, une petite marche depuis le parking du centre-ville avait permis de croiser quelques noctambules titubant dans les ruelles niçoises. Toutefois, les bonshommes aux bracelets bleus et aux dossards tatoués sur le corps au marqueur indélébile étaient bien plus nombreux. Une marée humaine déboulait sur la promenade des anglais à l’heure où le jour pointait timidement son nez.
Le temps file vite dans ces moments-là et la pression commence à monter doucement mais surement. 5H50, il est temps de dire au revoir à ses proches car l’heure de l’échauffement à sonner. Quelques longueurs de crawl dans une mer azur, histoire de se mettre à température et retour dans le sas de départ. Il faut visualiser le parcours, tout du moins essayer car la bouée la plus éloignée est un mirage pour beaucoup d’entre nous.
6H15, il n’y a plus rien à faire si ce n’est attendre, rester concentrer et se préparer à la grande lessiveuse qui va se mettre en route dans quelques minutes. La sono crache sa musique I got a feeling et le speaker tente tant bien que mal de faire applaudir une armée de triathlète que la peur commence à envahir.
6H25, une poignée de professionnels partent à l’assaut de la première bouée. Une chose est sure : je ne les reverrais pas avant le marathon.
6h30, cette fois, c’est pour nous. De longues minutes s’écoulent pendant lesquelles plus que de nager, il faut éviter tant bien que mal de prendre des coups et de boire la tasse. Mais rapidement, le chahut-bohut se dissipe et la natation peut vraiment commencer. Finalement, les bouées se découvrent au fur et à mesure. Il suffit de suivre la meute, rester concentrer sur sa technique, ne pas dépenser trop d’énergie. Après une boucle de 2,4 km, on ressort furtivement sur la plage, hissé sur les galets par les bénévoles. C’est la sortie à l’australienne. Puis, on replonge pour une petite boucle d’1,4 km qui se passe pour le mieux.
Déjà 1h15 depuis le gong du départ et je ressors des eaux azur de la Baie des Anges, cette fois définitivement. En regardant le classement après la course, je m’apercevrais que je sors au milieu du troupeau, dans les 1200 ème.
Comme d’habitude, on commence à enlever la combinaison en courant et on arrive vers les sacs bleus. La combinaison dans le sac bleu, le casque de vélo sur la tête, les lunettes sur le nez et on récupère le vélo. C’est partie pour 180 km.
Au menu, une côte à 10/12% au bout de 20 km puis on s’immisce dans l’arrière-pays niçois à travers les routes en corniche, les villages pittoresques. La vue est parfois plongeante sur les vallées. Le col de l’ècre arrive au 70ème km. Point culminant de la course, on récupère au sommet son ravitaillement personnel, soigneusement rangé dans le sac vert (une histoire de sacs cette course !). Le soleil est pour l’instant un peu en grève. Il a en tout cas dépêché les nuages pour coloniser les reliefs de l’arrière pays. On ne souffre donc pas de la chaleur et c’est une bonne nouvelle. Vient alors une partie en aller-retour un peu longue où la lassitude commence à gagner du terrain. On croise successivement ceux qui nous devancent puis ceux que nous devançons.
Les nombreux ravitaillements s’échelonnent tout au long du parcours. Il faut manger, boire, manger, boire, gérer son allure, ni trop ni trop peu, rester concentrer (un chevreuil qui traverse la route durant le premier tiers du parcours !). Globalement, je remonte les concurrents tout au long des montées et reperd des places dans les descentes. Du grand classique chez moi.
La dernière partie est descendante : il faut bien retrouver le niveau de la mer. C’est donc à vive allure que l’on retrouve la promenade des anglais avec laquelle on aura le temps de faire connaissance tout au long des 4 longs aller-retour qui nous attendent. On croise alors ceux qui ont déjà commencés le marathon. Certains ont une foulée incertaine et comme souvent à la fin de la partie vélo, on se demande comment on va pouvoir courir après cette longue balade à bicyclette.
Retour au parc à vélo donc, et dans l’ordre : poser le vélo, passer aux toilettes, courir chercher son petit sac rouge dans lequel m’attend une paire de basket, une casquette et la ceinture porte gourde. Sans oublier une petite couche de crème solaire, répartie de façon tout à fait inégale comme j’en aurais la preuve dans quelques heures (non, il n’y aura pas de photos !).
Et c’est partie pour le grand tourniquet du marathon. Certains en sont à leur 1er, 2ème, 3ème ou dernier tour. Et pour repérer où en est tout ce beau monde, il faut regarder les chouchous qui ornent leur poignet. Je pars donc à l’assaut du chouchou vert qui clôtura le premier tour. J’ai tout de suite de bonnes sensations et je boucle le premier tour en 44 min, ne m’arrêtant pas aux ravitos (j’ai tout sur moi) et remontant de nombreuses places. La deuxième boucle, se passe bien également. Je récupère le chouchou jaune, il reste 21 km et je sais que le plus dur commence. Je commence à m’arrêter aux ravitos, changer de boissons, prendre du coca, un verre d’eau et même une douche de temps en temps pour refroidir la machine (des portiques sont installés sur le parcours). Du 25ème au 30ème, je serre les dents, cela devient dur, l’objectif devient le prochain ravito où je trouverais des bénévoles super sympas qui vont me donner à boire, m’encourager (Merci aux bénévoles, ils ont fait un super boulot !)
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Au 30 ème km, la 3ème boucle est bientôt finie, le chouchou rouge m’attend. Il reste une boucle mais cela n’a jamais été aussi dur. Je repasse devant mes proches pour retourner vers ce fichu aéroport qui est décidemment bien trop loin, au bout de cette promenade des anglais peuplés de triathlètes. Je m’arrête à chaque ravito, je prends plus de temps pour boire, j’en ai marre du coca, marre de cette boisson jaune, les pâtes de fruits ne passent plus… Et puis j’essaye le quartier d’orange. Et je ne sais pas s’il y avait de la potion magique dedans, si mon cerveau avait décidé de reprendre le dessus, si c’est l’effet du panneau 35ème km mais je sens que des forces reviennent. J’arrive vers le demi-tour à l’aéroport, commence à encourager d’autres concurrents qui marchent, croise le chrono de l’épreuve. Il reste 5 km et je comprends qu’il est possible de passer sous les 11 h.
Alors, ma foulée reprend de la vigueur, je m’arrête une dernière fois à l’avant dernier ravito. Le dernier ravito ne me verra que passer, il ne sert plus à rien de manger ou de boire. Enfin, le panneau des 40 km, le vrai (car je suis déjà passé trois fois devant quand même !), Il reste deux km et dorénavant il n’est plus question de s’arrêter. Un sourire doit commencer à poindre sur mon visage et je passe le panneau 20ème km (alors là, il faut suivre !), je me dis qu’il reste un tout petit km (l’arrivée est au même niveau que le demi-tour, c'est-à-dire au 10,5km, 21 km et 31,5 km).
Et puis, le panneau qui marque l’entrée de la finish line et puis le tapis bleu, les tribunes, l’arche d’arrivée, le chrono…FINISHER.
Merci à tous pour votre soutien, notamment Aurélie bien sûr, la famille Myara sur la prom Benjamin qui m’a suivie sur le net, Pierre L au téléphone, mes collègues du sessd et tous les autres.